Samedi soir. 1er octobre. Encore un ciné. Avec mes parents. En route pour le mignon petit cinéma à quinze minutes en voiture dans un petit village nommé Tournefeuille. Une queue de folie nous attend, il se met à pleuvoir, je suis malade... mais j'aime la pluie. Maman me force à rentrer, pourtant.
Bref, nous finissons par entrer dans la salle. Les lumières s'éteignent et le film commence. Trente minutes passent, tandis que la caméra suit et capte des morceaux de vie, des morceaux qui ne veulent rien dire... Ma mère quitte la salle. Mes voisins de droite en font autant. Mon père les suit. Et encore quelques uns. Ils s'ennuient?
Ah. Moi j'aime. J'aime ce film qui ne raconte rien. J'aime ces instants de douceur qui sont mis en parallèle d'instants beaucoup plus durs, plus trash.
On a envie de pleurer. Mais on rit, souvent. On rit plus par attendrissement que par amusement. On rit devant le bout-de-chou de quatre ans qui explique à son père le fonctionnement de la roue à corvées, on sourit devant le coffre à espoirs... On s'amuse de la folie des gens.
En sortant de la salle, je retrouve mes parents au restaurant du cinéma. Ils me demande comment ça se finit. Et si j'ai compris le film. Alors en fait, ils n'ont rien comprit. Comment leur raconter la fin? Ca n'a strictement aucun sens. Il n'y a pas d'issue. Juste un arrêt du tournage. Alors je lui explique, tant bien que mal:
- Ca n'aurait aucun sens. C'est comme si je filmais ta vie depuis trois mois, et qu'aujourd'hui j'arrêtais et que quelqu'un venait me voir pour me demander la fin du film. Je peux lui dire la fin du film, mais dans le fond ce n'est pas ça qu'il cherche: il veut la fin de l'histoire. Et ça, je n'en ai strictement aucune idée. Parce que tu avais une vie avant que je commence à filmer, et une vie après. Le spectateur n'aura vu qu'une suite d'évènements, pas une histoire, juste des morceaux de ta vie.
Ils ont du mal à s'identifier. A entrer dans l'absurdité de vies d'inconnus, de banalité. A moins qu'ils n'aient eu du mal à s'intéresser à ces vies qui ne sont pas les leurs.
Rien que le titre c'est déjà universel et éloquent: un rapport d'égocentrisme (moi), un besoin d'échange et de partage avec un toi, et un rapport au monde, à ceux qui nous entourent (tous les autres).
Un père qui est en pleine séparation et qui en a visiblement une peur bleue, une femme un peu étrange qui s'enregistre sur des vidéos dans l'espoir d'être exposée dans un musée d'art contemporain, des ados qui découvrent une nouvelle forme de contact avec l'Autre - le sexe - une femme, une petite fille, un enfant. On se retrouve dans leurs émotions et vite cette histoire qui est la leur, ressemble étrangement à la mienne, la tienne...
Dans chaque séquence, il y a de la tristesse, de la drôlerie, de l'humour et une infinie tendresse. Chaque séquence est ambivalente.
Et sans que ça ne soit jamais explicitement révélé, le film nous fait redécouvrir beaucoup de choses: l'espoir, l'amour, la solitude, les conventions, les préjugés, le sexe via le net (tournure surprenante et savoureuse ... )...
Bien sur, c'est du cinéma, alors les personnages semblent d'abord plus loufoques et fous que crédibles dans la vie, la vraie. Et puis ils nous touchent, en plein coeur. Et semble nous dire que dans notre monde où la communication - l'hyper communication - est un pilier de la société, nous sommes tous un peu solitaire, emprisonné dans notre isolement.
On sort heureux, pourtant. Comme le dit la cinéaste Miranda July elle voulait dépeindre "notre capacité à résister, à rester ouverts... Une seule chose m'intéresse: les vrais gens qui tremblent mais restent pleins d'espoir".
Dans le fond, on en connait beaucoup des vrais gens : moi, toi... et tous les autres.
Certaines choses sont inspirées de la critique de ce film dans le magazine d'Utopia.

[ZenavépenCkoua]